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Vous trouverez ici : Trois extraits de livres, écrits par Eliette Gensac.

Par ailleurs, Eliette propose des ateliers de créativité, de vision et de guérison, avec les techniques des traditions énergétiques chamanes (la contacter directement).

 

" DANS LES BOIS DE RENNES LE CHATEAU " Eliette Gensac / Edition Lacour

'QUAND LA LUNE SERA ROUGE ET LE SOLEIL BLEU" Eliette Gensac

" PALABRES DE PLATANES - LE TROISIEME PAS " Eliette Gensac

"LES ARCHERS DE L'ARC EN CIEL" Eliette Gensac

 

1 /  " DANS LES BOIS DE RENNES LE CHATEAU "  

Eliette Gensac, édition Lacour  ( fax : 04 66 21 11 23 - www.Editions-Lacour.com )

" DANS LES BOIS DE RENNES LE CHATEAU " Eliette Gensac - Les éditions Lacour

Ce livre retrace la polémique de l'affaire de Rennes le Château, dans le comté du Razès, à la suite d'une découverte exceptionnelle à la Biennale des antiquaires de Toulouse... Un tableau inconnu de Nicolas Poussin, trouvé par Robert Tiers, antiquaire, menuisier et chercheur, mais bien sûr tout à fait par hasard.

>>> Ce récit est conçu sous forme de jeu de piste, avec de nombreux indices et points de repère à collecter. En voici quelques révélations : Comment utiliser les lettres de l'épitaphe : ET IN ARCADIA EGO ? ....  Pourquoi sera-t-il difficile de prendre des vacances le 5 juillet 2377 ?"...

 

Reproduction du tableau présumé de Nicolas Poussin (Avec l'aimable autorisation de Robert Tiers)

QUELQUES EXTRAITS ...

*** APPROCHE ET NATURE DE CETTE ENQUETE :

... Après la restauration du tableau par Despretz à Paris, Robert constata que c'était bel et bien un authentique Poussin. Le dernier qu'il ait peint et que Rome cherche toujours depuis ! En effet, comme de nombreux peintres, Poussin ne signait que rarement ses oeuvres, ou juste avec les lettres du début de son nom...  C'était bien le cas de ce tableau, qui en bas à droite, révélait les trois premières lettres de sa signature : POU - Ce que Streling, ancien conservateur du Louvres, confirma...  Puis, c'est en avril 2000, que Robert a découvert sur la toile, la marque du sceau de "La Confiance" de Poussin, au format exact : 18 x 21 mm. .... Alors les querelles de clochers allant bon train, de Rome à Paris, les experts n'ont pas encore voulu se mettre d'accord, officiellement en tous cas. Il faudra sans doute attendre encore un peu...         Mais pour l'heure, je pense, et beaucoup d'autres avec moi, qu'il est authentique et digne d'être étudié de très près. Ce que nous fîmes passionnément ! L'enquête avait pris forme immédiatement et l'idée d'un livre pour en rendre compte, fut la suite logique de notre démarche.

 >>> J'ai pour ma part accumulé énormément d'informations, de recoupements en spirale, de rapprochement analogiques. Ils permettent d'éclairer avec un nouveau regard, une certaine affaire, qui a déjà fait couler beaucoup d'encre, avec plus de six cent livres édités ! Je veux parler de l'affaire de Rennes le Château et de l'abbé Saunière...   >>>  Pour suivre fructueusement cette enquête, il faudra se munir de son propre bloc-notes, pour y inscrire ses propres déductions, à la suite des éléments révélateurs que l'on pourra rencontrer en cours de lecture. Une objectivité journalistique ouvre ici le champ à plusieurs synthèses, pouvant se situer à plusieurs niveaux de complémentarités, comme de contradictions. Le jeu enquêteur offre la multiplicité des vérités aux moules fusionnels, mais non statiques. C'est l'histoire mêlée aux symboles hermétiques, les légendes aux mythes, qui se recoupent dans d'autres éléments du quotidien... Le plus, se situe dans l'élixir du plaisir de la recherche, à siroter longuement ! Si le mode d'emploi oblige à développer la précision et la rigueur, il est préférable de le saupoudrer d'humour et d'un solide bon sens...! Foin des emballements lyriques qui pourtant font miel au coeur ! Chacun pourra s'il le souhaite, apporter sa pierre à l'édifice symbolique en pléthore de sens. Une convivialité intellectuelle peut s'en suivre, par fax, email... Prenez page... ! La sagesse chante nos lendemains ! ! !

*** UN PEU D'HISTOIRE :

>>>  Quelques cent ans avant J-C, la Gaule était devenue romaine et c'est seulement à partir du IIIe siècle que les Burgondes, les Alamans, les Vandales, comme les Ostrogoths et les Wisigoths, s'y installèrent brutalement. L'Aude faisait partie du secteur des Wisigoths, où ils fondèrent la ville de Rhedae, future Rennes le Château, sur ce magnifique promontoire, qui domine toute la région du rhedesium, dit aujourd'hui Le Razès. Vint un certain Clovis, de style très sanguinaire (481-511), qui su s'allier les Francs, mais surtout en se faisant baptiser chrétien, à la grande joie de toute l'église catholique... Et le royaume des Francs, pour un temps, fut apparemment réuni... Ensuite les Arabes passèrent par là, sans détruire la ville de Rhedae, ce que fit par contre vers 1170, Alphonse II, roi d'Aragon. La période cathare, au début du XIe siècle, s'inscrivit dans cette même région, avec son lot de châteaux en nid  d'aigle, très célèbres... A la suite de quoi Pierre II de Voisins, reconstruit Rennes le Château, mais pas pour bien longtemps, puisqu'un certain Henri de Trastamare d'Aragon, en 1362, va piller et brûler le village. Des pierres qui resteront, elles feront de joyeux partages successifs, entre la célèbre famille des Hautpoul, celle des Fleury et celle des Voisins.......... Et l'embrouillamini historique s'installera de fait.

Plan de la cité de Rennes le Château (Jean-Pierre Sarret C.D.P.C.A.)

>>> C'est l'arrivée de l'abbé Bérenger Saunière (11/04/1852-22/01/1917), dans la vétuste église de Sainte Marie-Madeleine, qui va mettre le feu aux poudres de l'histoire, un feu du ciel qui n'a pas encore été éteint aujourd'hui ! 

>>> Il va tout d'abord entreprendre des travaux de restauration d'une évidente nécessité. D'où viendra l'argent pour ce faire, personne n'en a jamais donné de preuve exacte. Parmi les "on-dit", Saunière va donc trouver en 1886, dans un balustre de bois et dans un pilier wisigothique, quelques manuscrits... Aujourd'hui disparus, mais sans doute pas pour tout le monde ! Où étaient-ce des faux ? ! ... Peu après, il soulèvera une dalle posée à l'envers devant l'autel, qui sera nommée par la suite :"La dalle des Chevaliers", d'époque mérovingienne, elle est encore visible sur place aujourd'hui. Quant à ce qu'il y avait dessous, cela reste encore un mystère pour la majorité des curieux !...   >>> Ensuite, l'abbé Saunière fit un séjour à Paris en 1891. Bien des jaloux tirèrent la langue et racontèrent n'importe quoi, quand ils connurent la suite de ce roman rocambolesque. Avec sa jeune servante Marie Denardaud, il entreprend des travaux, près du ruisseau "Couleurs", au cimetière, puis aux environs de la tombe de Marie de Nègre d'Ables, qu'il défigura par la même occasion. C'est au bout de cinq ans de travaux, de fouilles acharnées, qu'il commence à dépenser des sommes folles pour faire restaurer toute l'église, du toit jusqu'au dallage. Dallage, qu'il fit remplacer par des dalles en noir et blanc, posées en damier, tout comme les tapis de loge maçonnique. Ensuite l'intérieur de l'église, fut entièrement redécoré suivant ses propres instructions, de façon complexe et originale ! ... Ayant acheté du terrain, il fait construire la tour Magdala pour s'en faire un bureau et une somptueuse bibliothèque, avec un parc fleuri, une orangerie, un petit zoo exotique et la villa Bethania, qui servit de lieu d'accueil luxueux à ses nombreux invités. On peut citer parmi les personnes célèbres qu'il reçu : la cantatrice Emma Calvé, la marquise du Bourg de Bozas, Jean de Habsbourg archiduc d'Autriche-Hongrie, ainsi que toute la cour tournante et virevoltante, qui accompagne usuellement tout ce beau monde. Il y eut même de nos jours, un passage photographié de François Mitterrand, franc-maçon de surcroît...  >>>  Les livres de comptes de l'époque qui ont été publiés, font état d'un total de : 659 413 franc or, soit plus de 23 millions de francs ou 35 063 euros.   >>> Lorsque l'abbé Saunière s'éteint au petit matin du 22 janvier 1917, il ne laisse rien derrière lui, car rien n'est à son nom, mais à celui de sa fidèle servante Marie Denardaud... Elle vendra finalement sur ses vieux jours, tout le domaine à la famille Corbu. Très entourée par cette famille, elle leur avait promis qu'à sa mort, elle leur révèlerait le secret de l'abbé Saunière... Elle décéda à l'âge de 85 ans, le 29/01/1953, en emportant parait-il son secret avec elle... Ou bien le laissa-t-elle quelque part... Peut-être à un proche... C'est en tous cas ce qui se dit ! Mais on dit tant de choses ! Et depuis, les pioches, les langues comme les plumes n'ont pas cessé de s'agiter à grande vitesse, retournant, inventant, mystifiant à plaisir, toutes les pistes possibles et imaginables !...  Plus de 600 livres ont été édités sur cette affaire et les fouilles sont désormais interdites sur le secteur de Rennes le Château... Mais l'or, qu'il soit alchimiste ou vulgaire, continu à rendre les hommes toujours aussi fiévreux, rapaces et violents...  

>>> Dans la rubrique "Nécromancie", on peut faire un premier listing officiel et vérifiable, de certaines personnes impliquées dans l'histoire de Rennes le Château et qui ont eu à subir une mort violente :         

¤ L'abbé Antoine Gélis, 70 ans, curé de Coustaussa (Aude) et ami de l'abbé Saunière, assassiné le 01/11/1897 dans son propre presbytère... Le coupable n'a jamais été retrouvé...  ¤ Trois cadavres, non identifiables et non identifiés, ont été découverts en mars 1956, dans le jardin de l'abbé Saunière... Le coupable n'a jamais été retrouvé...   ¤  Les trois rédacteurs du livre : "Le Serpent Rouge, note sur Saint Germain et Saint Sulpice de Paris", Pontoise, 17 janvier 1967, dépôt légal B.N. cote 4°LK 50490, ont subi le même sort. Pierre Feugère, Louis Saint Maxent et Gaston de Koker, sont morts tous les trois par pendaison, dans le Val d'Oise (pour Maxent et de Koker, c'est le 16 mars 1967 et Feugère, le 17 mars 1967). Ils moururent en fait, à une courte distance, du futur lieu de sépulture de l'alchimiste Eugène Canseliet (18/12/1899-17/04/1982), qui ne fut inhumé que cinq jours après son décès, à cause des effets spéciaux de la lune, à la Neuville-Vault... Le coupable des trois pendus n'a jamais été retrouvé...  ¤ Noël Corbu, propriétaire du domaine de l'abbé Saunière à la suite de Marie Denardaud, décède lors d'un violent accident de voiture, de nuit, à cause d'un camion fou, le 20 mai 1968, près de Carcassonne... Le coupable n'a jamais été retrouvé...   ¤ La nièce de Marie Denardaud, Georgette Roumens-Talon, est assassinée le 28 août 1974, dans le placard de son appartement à Paris... Le coupable n'a jamais été retrouvé.

 ? QUESTION  ?

>>>  Si on réfléchit avec bon sens, on peut aussi se demander, qu'il y ait eu manipulation ou non, dans tous les cas de figure, il y a effectivement eu neuf morts, tous liés à la problématique générée par l'abbé Saunière. Alors à quoi servent ces morts ? Pourquoi sont-ils tous morts de mort violente ? Et dans les cas possible de manipulation, à qui sert ces mascarades morbides ? ... A faire peur ? ... Et à qui ? ... A entretenir un mystère ? ... Mais à quoi bon ? ... Il y a quand même une constante, qui s'applique à ces neufs morts bien réels : c'est que les coupables n'ont jamais été retrouvés... Pourquoi ? ... Là on est au-delà du hasard, il n'est mathématiquement pas crédible : 9/9 !  Le seul indice, vrai ou faux, dont une seule fois il a été fait mention, c'est celui d'une signature trouvée près du cadavre d'Antoine Gélis : "Angélina"   >>>  En théologie, on en parle comme étant des anges révoltés contre Dieu et condamnés au feu éternel d'après Saint Matthieu, Saint Pierre et Saint Jude... Certaines personnes en aurait rencontré... Qui sait ?

 

*** EXTRAIT DU PREMIER CHAPITRE : ET IN ARCADIA EGO

..."La piste de ce peintre, Nicolas Poussin, n'est sans doute pas si innocente. On connaît déjà un peu son propos, au travers d'un autre tableau, célèbre celui-là : Les Bergers d'Arcadie. L'épitaphe inscrite sur le tombeau qu'il représente : ET IN ARCADIA EGO, est devenue le leitmotiv ésotérique de tous les chercheurs de trésors spirituels comme matériels, qui hantent depuis la mort de l'abbé Saunière, les pierres de Rennes le Château. Tout le monde recherchant un tombeau peint (pain), qui trempe dans la vase et le sel...! Pourtant on est loin d'avoir tout dit sur cette formule mystérieuse !  >>> Lorsqu'on examine ce tableau d'un peu près, on constate que cette phrase est au centre du tableau, que les personnages autour la désigne et s'en préoccupent tous : bref on ne peut pas la louper. D'autant moins que si on fait le relevé des horizontales et des verticales, qui divisent les côtés en proportion exclusivement dorée, les emboîtements des masses rectangulaires attirent infailliblement notre regard, vers le doigt pointé d'un des bergers, sur une lettre précise et non la première de la phrase, ce qui pourrait sembler plus logique, mais sur le R...   >>>  Bien évidemment, plein d'hypothèses ont déjà été avancées, dont Readea, Rennes-le Château, Rose-croix, Sainte Roselyne, Rois Mages et autre Roi-Soleil, etc...

°°°NOTE :  Si on prend la référence de la Kabbale hébraïque pour essayer d'y voir plus clair, il faut savoir que le Hasid, utilise des procédés précis de codage des textes sacrés et des prières, qui sont en particulier : a) La Temüra, qui est un déplacement des lettres, selon des règles systématiques. b) Le Nötarikon, qui est l'interprétation des lettres, comme abréviation de phrases entières...  D'autre part, on trouve dans le Zohar, la méthode de : c) la Guezerah Shavah, basée sur les sauts de lettres équidistantes, technique qu'utilisa Michel Drosnin dans sa recherche du code secret de la Bible. Il s'avère qu'en fait, ce système s'applique à toute la langue hébraïque, même moderne, mais à aucune autre langue. Ce qui pour l'heure, n'est quand même pas une explication logique !   >>>  Si on considère cette phrase : ETINARCADIAEGO, il y a quatorze lettres en tout, dont six voyelles et huit consonnes. Dans l'alphabet hébraïque, il n'y a pas de voyelle du tout.  >>> Considérons ce nombre 8 pour les consonnes, sans prendre en compte les voyelles et en appliquant le système de comptage du Zohar.   ----- La première lettre désignée par le doigt, dans la phrase, est :  R     ----- On commence donc à compter 8, à partir de la lettre suivante et on obtient : O    ----- On continue à compter les 8 lettres suivantes et on obtient : A     ----- On continue à compter 8 et on obtient :  T      ... On peut ainsi lire : ROTA, TARO, ATOR ou TORA, ce qui dans la kabbale signifie la même chose.     >>> La figure de la ROTA primitive était une croix, puis devint la swastika, qui représentait le nom sacré du Trétagramme répété trois fois, pour lui donner le mouvement du ternaire spirituel dans le quaternaire de réalisation, selon le Sepher Ietzirah. Toute la kabbale tient en fait en ce seul mot sacré, dont la prononciation a été perdue depuis la destruction du Temple de Jérusalem et la disparition de l'Arche d'Alliance. La figure de la Rota en croix, porte sur la barre horizontale les lettres Alpha et Oméga de l'Apocalypse. La barre verticale a en haut le : T, le Tau sacré égyptien de l'éternité et en bas le : P, qui correspond au R latin, de la vie toujours renouvelée.

°°° INDICE : En suivant cette figure de la Rota en croix, nous obtenons des informations concernant une forme : la croix en swastika et des lettres : alpha, oméga, tau, P, R et une référence à la Kabbale.   >>>  Nous allons essayer dans ce livre, de faire le plus grand tour possible, de toutes les correspondances de ces lettres.  >>>  D'autre part, en ce qui concerne la phrase : ETINARCADIAEGO composée de 14 lettres, elle peut aussi développer un système en carré magique de 14, en suivant la table de Tzirouf. La figure peut se composer de façon régulière, irrégulière ou inverse. Le cas de l'irrégulière, se positionne par un rang normal, le deuxième à l'envers, avec au fur et à mesure des rangs, un glissement des lettres progressif.       

...///...

EXTRAITS DU CHAPITRE VIII : CARAVANE DE REVES !

"Je vous propose de commencer par faire un tour à dos d'Ouroboros, à travers ce tableau de Poussin, encore controversé. De suivre cette trace sinueuse qui hante silencieusement notre inconscient collectif... Car en plus elle a fait des petits ! Et ce tableau nous en offre un certain nombre d'exemplaires".

Le chemin de terre d'abord, serpent tellurique, qui traverse une campagne paisible et chaude. Ses sinusoïdes collent exactement au chemin d'eau de la rivière. Un beau doublé ! La voie sèche à main droite et la voie humide à main gauche, orchestrant un charmant concert alchimique ! Ne nous reste qu'à découvrir la voie du milieu.

°°° NOTE : Pour les alchimistes, la voie sèche est celle des initiés et la voie humide celle des mystiques.

Il s'agit là, du plan horizontal et l'on pourrait se contenter de ce plan terrestre avec un miroir céleste, plutôt mouillé et des abysses un peu floues. Mais l'on peut voir sur la droite du tableau, un chêne rouvre entrer dans la danse, avec un long tronc qui twiste sur la même ondulation que le chemin de terre et celui de la rivière. Trois ondulations différentes, dont celle de la tête du chêne, qui finit droit dans le ciel, comme la troisième colonne, l'axe sacré de l'arbre séphirothique (voir symbole N°16).

°°° NOTE :  En géobiologie, les arbres qui ont le tronc qui twiste, signalent un sous-sol telluriquement perturbé, soit par une excavation profonde, soit par une faille sur un passage d'eau pathologiquement perturbé.

Ce dessin sinueux, répété trois fois, prend la forme de la douzième lettre hébraïque : Lamed (voir :"La table de valeur des alphabets", au chapitre III), qui se retrouve en trois exemplaires. Lamed est la seule lettre hébraïque dont la hampe supérieure dépasse les autres. Elle est en correspondance avec le signe astrologique de la Balance, l'ange Zuriel et l'arcane des tarots n°12 du Pendu, le sacrifice qui permet un retour à l'équilibre par la suite, ce que fit d'ailleurs le Christ. C'est aussi le fils, dans la trinité des Rose-Croix. Lamed est l'équivalent de : L dans notre alphabet, son graphisme représente une équerre. Les branches en sont inégales, formant les deux côtés du triangle rectangle célèbre, de : 3, 4, 5.

°°° NOTE : La fonction de l'équerre est de tracer des figures carrées, des angles droits. Ce type d'angle a une connotation positive dans le Compagnonnage et la Franc-maçonnerie, c'est une ouverture que l'homme ne doit pas dépasser et lorsqu'elle se trouve équilibrée avec la même ouverture de compas, on dit du compas, qu'il est devenu une équerre juste.    >>> Sur la balance, un poids lourd crée un angle obtus, un poids léger crée un angle aigu et un angle droit : l'égalité. Le même angle de 90° a une connotation plutôt négative en astrologie, les aspects en carré, dans un thème natal inclinent le natif vers les difficultés, souvent nécessaires. La sagesse populaire ne dit-elle pas : un mal pour un bien ! En Chine, les phonolithes (K'ing = pierre sonore) taillées en équerre et suspendues à un portique, rendent à la percussion un son céleste, qui selon le Li-Ki:"... Invite le sage à réfléchir sur la fin de son être" (*1). L'équerre est un principe lunaire et le compas un principe solaire.

Aux symboles N°3 et 31, on retrouve la même équerre, mais cette fois inversée, c'est la lettre Gamma, troisième de l'alphabet grec, qui correspond à notre : G.  Le Gamma est aussi un demi Tau, lettre dont on aura beaucoup à parler plus loin. Ce Gamma révèle son symbolisme ésotérique franc-maçon, après avoir été substituée aux autres lettres. Elle représente aussi l'une des marches déambulatoires, pour entrer dans la temple maçonnique. Au rite des Chevaliers Elus Coëns, dont Martinès de Pasqually (voir : la liste des Ordres, en fin de volume) a été de rassembler vers la fin du XVIIIe s. (*2); Lamed est l'un des mots sacrés de cet ordre très sacerdotal de la franc-maçonnerie intérieure. Pour mémoire selon la tradition, le père de Noé, neuvième patriarche depuis Adam par Seth, s'appelait Lamek.

°°° INDICE : Dans la magie à calendrier lunaire, que nous rapporte Papus (*3), à cette même lettre Lamed, correspond sur le plan cabalistique, le douzième jour de la lune, dont la constellation est : La Tête de la Vierge, dans le signe du Lion. Cette signature stellaire, nous parle de l'alliance du feu et de l'eau (voir prochain chapitre).    >>> Pour les Egyptiens, cela représente une période extrêmement précise et vitale : "Le Nil répand ses eaux nouvelles sur l'Egypte ensemencée, à l'époque où le soleil traverse le signe du Lion (23 juillet-23 août). Parmi les étoiles, c'est Sirius, que les Egyptiens attribuent à Isis, car elle apporte l'eau." (*4).   La longueur du Nil est légendaire : 6 700 km. Ses crues aussi ! Quant au début de l'année égyptienne elles partent du solstice d'été (24 juin), lorsque Sirius se lève en même temps que le soleil (la conjonction annuelle Soleil-Sirius, de nos jours se fait le 5 juillet). Plutarque ajoute, qu'avant l'étoile de la constellation du Grand Chien (Sirius), apparaissait la constellation d'Orion, qui elle aussi était sacrée, car représentant Osiris (*5).

>>> Cette alliance du feu et de l'eau, se perd dans les méandres  intellectuels et cosmiques, que nous allons continuer à démêler avec l'aide des autres empreintes symboliques disséminées dans le tableau de Poussin.

°°° INDICE /

Pour ces premiers symboles, nous obtenons un positionnement dans l'espace : - La place du spectateur dans le tableau, c'est d'être le sud tout en étant tourné face au Sud. - L'Est va être à notre gauche, l'Ouest à droite et ou aura bien sûr le Nord dans le dos !  Par contre si on regarde le tableau dans le reflet d'une glace, comme le fait un peintre, tout s'inverse. La représentation de ce lieu sur le tableau, nous transporte dans les descriptions du royaume d'Osiris : le Ro-sétaou, une des régions de la Douat, qui a une double route secrète et sacrée, avec un chemin de terre et un autre, liquide, ainsi qu'un lac de feu spirituel, pour initier le défunt au moment où le soleil :"...Brille dans l'oeuf, qui est dans le pays des mystères ", selon le Livre de la Sortie à la Lumière du Jour.

Ici, le swastika, comme tatoué sur la tête du lion, prend une force plus particulière encore, c'est le célèbre :"Lumière sur Lumière" d'Ibn Arabi ! La marque d'un centre spirituel très puissant. Une matérialisation terrestre du centre suprême. L'Ange de la Face en direct... N'est ce pas ? ... !

Reproduction de la photo aux infra-rouge, d'une partie du tableau présumé de Nicolas Poussin, réalisée par le laboratoire du Vatican.

  ...///...  A suivre dans le livre ...

 

 

 

2 / " QUAND LA LUNE SERA ROUGE ET LE SOLEIL BLEU"

Eliette Gensac  (non édité, à demander chez l'auteur)

"QUAND LA LUNE SERA ROUGE ET LE SOLEIL BLEU" Eliette Gensac

>>> Un roman chaman prophétique où les rêves ne sont rêvés que par les rêveur qui y croient. ... Pour d'autres ce ne sont pas des rêves, mais des réalités vivantes positionnées dans l'univers comme de grands gâteaux bavarois. C'est toujours un délice de les vivre, même si on risque l'indigestion à chaque fois !  

>>> Kasar Pérec est un homme qui vit terrestrement à une époque future, où les difficultés d'existence, de nourriture, ont franchement dégénéré. Il y a de grands camps de survivants, sans travail, proche de l'indigence totale, qui ont été créés sur plusieurs lieux à travers le monde.   >>>  Ce phénomène a commencé avec l'installation des réserves pour les AmérIndiens aux USA. Des camps encore vides, ont déjà été installés réellement aujourd'hui, au Canada, aux Etats Unis et ailleurs, sur des lieux non inscrits sur les cartes. En attendant... Qui ?...   >>>  On y regroupe toutes les personnes en errance dans ces ghettos et Kasar s'y est retrouvé, comme beaucoup de ses amis. Mais Kasar est un rebelle, comportement qui ne concerne que 20% des individus de n'importe quelle population. Sa sensibilité et son ouverture d'âme, lui donnent accès aux autres mondes peu visibles, dans lesquels nous vivons tous aussi, sans toujours bien comprendre ce qui s'y passe.

 

QUELQUES EXTRAITS ...

*** Kasar, l'homme de l'autre rive, avait un penchant pour la laine. Le vent, la paille se mélangeaient à ses outres ventrues... conservées, on se demande encore comment ? .... Il pestait ! ... Qu'y faire, quelle graine lancer au-delà du grand domaine, pour que ça pousse, que ça repousse... fasse des pousses, quoi ! ... Les vieux restes des fruits de Kasar, abondaient sous l'augure céleste... Des restes, pensez donc ! Des restes de quoi au juste ?... Pelures et graines desséchées, définitivement mortes, qu'il avait entassées dans les outres de peau de ses vieux moutons...  La larme maligne, lui revint, comme un trouble indécent, à valeur pâle. Pas sinistre, non ! Il se sentait un peu étouffé, tout au plus.   >>>  Ce matin embrouillé de souffles, se levait encore sur la faim. Tous ceux qui vivaient encore par ici, avait oublié jusqu'à l'espoir d'une vie meilleure ! La terre était morte et les hommes faisaient pareil. Lorsque le dernier homme naîtra, saura-t-il d'ailleurs, s'il est bien le dernier ? Peut-être était-ce Kasar lui-même, qui sait ?   - "Bonjour, Grand Jean ! interpella Kasar. Tu fais tes paquets ?".   - "Non, quelques colis, juste pour survivre un peu plus loin. Toutes les boites de conserve ont été ouvertes, tu sais ! C'est vide maintenant. Elles puent et fermentent sur la colline".    ...

... Black Elk, un ancien homme médecine oglala, rapportait en 1990, les paroles que racontait son père et que racontait déjà Drinks Water, un saint homme: "Vous vivrez dans des maisons carrées, grises, sur une terre infertile...".    Le moins qu'on puisse dire, c'est que cette fois, on y était bien dans la prédiction. Pas de doute ! La grisaille s'était installée, rasant les couleurs des fleurs, des légumes et de tout ce qui continuait à survivre... Les hommes vomissaient de partout ! Mais était-ce vraiment des maladies, des refus, ou des appels au secours ?... Un peu tout à la fois sûrement. La sérénité des après-guerres est souvent inabordable pour la majorité des hommes et surtout quand il s'agit de ces non guerres, résultat de l'entêtement quasi général des humains, à perpétrer des erreurs monumentales !...   

>>> Kasar Pérec, ce drôle de sage indien acidulé, s'arrêta, quand un vol de corbeaux passa devant lui, de sa droite à sa gauche ! Mauvais signe vraiment, pour n'importe quel humain au courant des codes secrets de la nature :  - "Ah ! Non ! Quelle saloperie va encore me tomber dessus ?".   Kasar avait fait trop de constatations depuis sa petite enfance, pour ne pas ignorer ces signes du futur, qui se matérialisaient dans le présent devant lui.         

>>> Pour Kasar, vers les six ou sept ans, c'est Tashi, sa deuxième grand-mère : "Une Belle Rieuse Aux Eclats" comme on la surnommait au village, qui lui avait mis la puce à l'oreille... droite, comme à la gauche ! ...    - "Raconte-moi tous les oiseaux que tu as vu aujourd'hui" demandait-elle : "Qu'est-ce qu'ils faisaient ?"...    Puis un autre jour, elle disait :"C'est sûrement le corbeau qui t'a averti, avant que tu te fendes le genou. Non ?...".      - "Le corbeau ? Quel corbeau ? Avant de tomber, c'est un aigle qui m'est passé sous le nez ! J'ai cru qu'il allait m'embrocher !"  lui répondit Kasar.    - "Ah !" dit-elle,  "C'est mieux ! tu étais protégé donc. Tu as eu de la chance ! Il est passé de ta droite à ta gauche, juste devant toi, n'est-ce pas ?"    - "Oui, c'est ça ! Comment le sais-tu ?".     - "Hé bien bien ! La prochaine fois que tu croises un animal quel qu'il soit. Réfléchis ! Tu constateras ensuite dans les quatre heures qui suivent, un événement particulier. Tu pourras vérifier, que la direction que prenne les animaux en passant devant toi, est significative. C'est bon signe, de gauche à droite et mauvais signe, de droite à gauche. Ne l'oublie jamais ! Si c'est un oiseau de proie, alors l'action sera protégée.  Et puis... Tu feras bien d'autres constatations ensuite. Tu trouveras même comment éviter, ou au moins diminuer tes problèmes ! A toi de comprendre comment ça marche !"....

... Kasar remonta la colline et s'assit. Le ciel faisait la course aux nuages. Sous sa main glissaient des pierres dures... Un morceau de bois retint son attention. Il le prit et commença à le mâchonner. Souple et délicat, un peu âpre pourtant, il saliva d'autant plus. La bave envenima ses gencives. Sa main se troubla, ses doigts jacassaient, se faisaient fourmis sous le sable. Chaque grain avait sa forme et grandissait en couleur.  C'était une bascule des dimensions terrestres en surimpression visuelle, comme souvent ça le prenait. Des visions vivantes s'intercalaient dans sa réalité quotidienne, impressions bien incrustées pourtant dans sa vie, où, d'autres plans, d'autres formats de réalité, sont inclus dans l'espace, entre les parties visibles qui nous entourent...  

... Sur un grain de sable, un visage se dessina... Celui d'une vieille femme... Elle avait une tâche bien bénigne, il est vrai : Arroser le potager ! Souvent de fatigue, elle n'en faisait qu'une partie. Radis rouges et carottes sales, se prélassaient sur la vase crue. Quand les pommes tombèrent, un peu bètes de soleil, les salades firent la tête, les choux firent carême. Un à un, les légumes se prirent de vitesse. Ils encombraient le sol, de vertiges et de bruits. Quand soudain, la femme prit pied dans ses tomates... Elle comprit son erreur, ses manies, ce qui gâte. Où l'on n'est pas l'hiver, l'été n'a pas poussé !... 

...Et là, Kasar Pérec, le cul dans les cailloux, le regard dérivant avec les nuages, retenu par ses doigts qui farfouillaient les parties visibles qui l'entouraient... Se mit à parler de table et de café et d'un poste de radio, qui racontait : ...   " Imaginez, que vous êtes assis à la table d'un café de village, par exemple !  Un simple, un pas compliqué, vu de l'extérieur. Vous y êtes entré en confiance, chers auditeurs... Et vous voici enfin assis, devant un petit déjeuner à 7 euros. De quoi vous rasséréner, après avoir subi pendant la nuit, une de ces tempêtes, un de ces débordement de rivière, qui vous a fait dormir dans les bras de votre amour, sur les couchettes du 4 x 4 mal garé, en pente sèche, en haut du seul petit village, qui avait des chances de ne pas être submergé, cette nuit là !...  Le lendemain matin, fourbus par une nuit de résistance constante à la pente, qui vous tassait tous les deux au fond du camion, vous débarquez dans le village suivant et survivant, où le seul café d'ouvert, vous tend les bras avec sa brassée de nouvelles, toutes aussi incroyables les unes que les autres, racontées par les habitants, avec force dans la voix et grands gestes, dès ce potron-minet, pour le moins perturbé par une sourde angoisse qui commence à s'installer parmi les villageois !  Après avoir parcouru les nouvelles du journal local, vous posez enfin un instant le regard sur la table, où l'on vous sert votre fameux petit déjeuner à 7 euros. Alors, là, vous remarquez innocemment, que de vos yeux à la tasse de café, il y a un espace vide. Que de vos yeux au verre de jus d'orange, il y a aussi un espace vide. Que de vos yeux au verre de jus d'orange, il y a aussi un espace, apparemment vide. Que de vos yeux à votre main qui prend la tartine beurrée, il y a de l'espace en trois dimensions encore vide, dans lequel on ne voit rien d'autre, à priori, que l'action de prendre la tartine beurrée, pour l'amener à sa bouche et la manger avec plaisir ! Quoique le plaisir, à 7 euros, il est devenu un peu relatif et se colore plutôt de rouspétances par rapport au prix si peu justifié, en ces temps de tourmente, où l'on n'est sûr de rien et vraiment pas sûr d'être encore là, demain ! Mais là n'est pas le sujet de ce soir !  Quand on parle du vide, qui n'est en tous cas pas vide d'espace, on parle de différentes zones de l'espace dans lesquelles, on peut se dire bêtement, que si on ne voit rien, c'est qu'à priori, il n'y a rien à voir.  Saint Thomas, première année de noviciat !  Mâ !  En fait, non, ce n'est pas du tout ça. Le vide de l'espace sur terre, n'est pas vide du tout. Bien au contraire...  Il suffit d'un petit déclic, d'un léger recul du regard, d'un lâcher prise de l'esprit, d'une joie bouffonne ou au contraire d'un accident brutal, ou parfois même d'un coup oeil rapide, qui surprend à notre insu une image qui, rationnellement, ne devrait vraiment pas être là !...  Ca ne rappelle pas quelque chose à quelqu'un, du déjà vu ou entendu, mes chers auditeurs ?...  Avoir reconnu par surprise une ombre, un visage, un paysage, une scène de la vie quotidienne ou de guerre?... Du déjà vu, qui ne devrait pas être là ?  Pas être là du tout, aussi bien quand on entre dans sa chambre, dans sa voiture ou quand on tout simplement assis à la table d'un café, entrain de déguster sa tartine beurrée !...".

... Kasar captait de plus en plus fort les grains de silice qui enflaient sous sa paume et lui pénétrait les chairs brutalement. Il sentit son esprit lui échapper et plongea brutalement dans le vide, comme on saute d'un avion en parachute. Ses sensations valsèrent de l'autre côté de lui-même et rien ne fut plus comme avant !...            Toutes sortes de voix le cueillirent en même temps. Un réservoir de paroles s'entrechoquaient, toutes langues mêlées, flottant dans l'espace...  - "Mais taisez-vous cinq minutes ! On n'y comprend rien!".  La surprise fut courte. le silence aussi. Les voix pourtant reprirent de plus belle, modifiées, plus aiguës, un peu déformées aussi....  - "Assez, là-dedans !" cria-t-il encore plus fort. Les sons devinrent vagues et les vagues se poussaient, se repoussaient, balançant leurs timbres toniques, en écho. La sono pourtant se perturba insensiblement.  Kasar sentit un système s'installer subtilement, à son insu. Ses guelantes répétées modifiaient un rythme. Mais lequel  ? Et pourquoi ?... Que faisaient donc toutes ces voix maintenues dans une poche sonore, qui émergeaient de dessous le sable, alors qu'il s'était mis à le gratter inconsciemment.  Il oubliait que lui-même faisait voix. Echo sonore, ampli vivant, sorti d'un drôle de coffre osseux, mais puissant. il en oublia même de crier à nouveau. Seule, sa voix douce sourdait de ses doigts, comme une écume sur les vagues. Elle modelait un autre paysage peuplé de petits êtres, de formes vagues, amibiennes, cellulaires et qui hurlaient de rire, en écho. Difficile de conquérir un paysage en mouvance. Difficile de s'extraire du réel, sans se dupliquer, comme un clone de service, un simple petit clown !

Son regard prit ses doigts en otage. Il modifia une partie de sa forme physique, tout en conservant ses doigts comme référant visuel, accrochés à cette motte de terre siliceuse et légère. Curieux, il voulait ne rester, que le témoin des aventures de ces autres formes de vie, qui s'étaient mises à danser devant lui.  Rétréci, sans couleur, ce petit monde paradait au ralenti. Au grand ralenti même ! On aurait dit des personnages sortis d'un musée de cire, tel celui de Niagara Falls, juste à gauche avant les chutes, qui est un lieu de poèmes glacés, où l'on craint de s'approcher de tous ces présidents momifiés, au cas où ils resurgiraient dans notre présent, sans crier gare !...  

Le vent et la brume s'installèrent plus vite que le couple. Ils n'avaient plus d'odeur, plus de paix, ni d'écoute. Du coltar pour tout le monde ! Des biches furtives sautèrent dans leur enclos cotonneux. Invisibles mais sensibles, leurs cabrioles dispersaient peu à peu le brouillard nappé...  "Gradi, reviens !" cria la féminine.  Et quand l'homme se retourna, il était une autre face ! Tout en étant de dos, ce deuxième visage, restait indifférent à la demande de la femme ! Un homme à deux faces, bien vivantes !...  Mais laquelle croire ?...

... Kasar ne savait pas douter, ce n'était pas sa nature, alors, bien obligé de croire ce qu'il voyait là, même si ces personnages étaient minuscules et sortaient d'un autre plan de conscience !...  

>>> Que cet homme vienne vers vous ou qu'il s'éloigne, il sera toujours vu de face ! Deux faces !  Peu importe ces sentiments, de toutes façons, il ne pourra pas les cacher, n'est-ce pas ? Difficile position ! ... - "Gradi, de quoi as-tu peur ? C'est bon signe de voir des biches ! Non ?"  La femme était de face. A vrai dire, difficile de savoir si elle aussi, n'avait qu'une seule face ou plusieurs ? - "Tu pars toujours dès que tu as jouis ! Tu me laisses tomber, même pas un mouvement de tendresse !  Moi, qui voudrait poser ma tête dans ton épaule et dormir un peu. Rien à faire !"...  Elle tortilla sa robe autour d'elle, fit le tour de ses bras avec sa main gauche et se roula en foetus, fatiguée de cette absence de reconnaissance amoureuse. A quoi ça sert d'aimer dans des conditions pareilles, se demandait-elle à chaque fois ? Elle se disait bien qu'elle ne devrait plus recommencer ces conneries et puis... Elle oubliait ! Pourtant, à la longue, son désir se modifiait, elle s'en rendait compte...  - "Il finira bien par prendre la poudre d'escampette, un de ces jours !" se disait-elle...  La tête dans ses bras, elle s'endormi, pendant que la tête de son dos, elle, garda les yeux bien ouverts. Qu'attendait-elle ? Qu'espérait donc, cette autre partie d'elle-même, qui restait éveillée ?  Gradi, son compagnon d'amourette, était bel et bien parti, les pieds devant et les têtes de chaque côté de son désir assouvi...

... L'écho des multiples voix triomphait dans les oreilles de Kasar et imprimait un autre sens, sous la ligne sonore des aigus :  "Kou la Hé ! Ma Ho ! Kou la  Hé ! Ya Ho ! Méta Ké Ha ! Méta Ké Ta. Kou la Hé Ta Ho !"...  Les sons durcissaient progressivement, se matérialisaient, frappant ses tempes durement. Ces mots devenaient comme une arme, que Kasar se mit à rouler dans sa bouche, avec de savants phrasés !  Il se mit à psalmodier ces onomatopées, à moduler les mots d'un harmonique à l'autre. Il était parfaitement conscient de son nouveau pouvoir. Il dirigea leurs forces sur le grand rocher plat qui lui faisait face, sans réfléchir. Le rocher sous le choc, se fendilla en surface...  Un peu de fumée s'échappa des éclats ! Vibrant à l'unisson, de plus en plus fort, Kasar brûlants de force vive :  - "FAIRE DU FEU ! JE PEUX FAIRE DU FEU AVEC !".  Et tout en continuant à psalmodier, il ramassa à ses pieds quelques brindilles, qu'il appliqua en même temps que les paroles, sur la pierre échauffée !  Des miettes de flammèches s'enroulèrent sur les petits bouts de bois ! Fou de joie, il brandit vers le ciel, ce jeune feu de pouvoir ! 

Il avait retrouvé le secret du feu, perdu depuis tant de siècles !   Il lui semblait que cet exploit rendrait maintenant possible tous ses désirs. Il sentait qu'il allait pouvoir influer fortement sur le cours de cette horreur d'existence, dans laquelle lui et tous les siens, s'étaient laisser engloutir, depuis quelques décennies !...  Trop d'émotions, trop de joies l'enivrèrent ! Kasar se sentit devenir comme un désert.  Une plume blanche près de son visage tombait, tournait, roulait comme une bille, accrochée à une abeille !!! ... C'est alors que la première poche de sa veste, se mit à gonfler, avec un hennissement de bébé en colère !  ***

  ...///... Suite dans le livre....

 

 

 

3 / " PALABRES DE PLATANES  -  LE TROISIEME PAS "

Eliette Gensac  (non édité, à demander chez l'auteur)

Une fiction fantastique sur le mode du végétal animiste, où homme, femme et enfant, retrouvent et entendent enfin la parole des végétaux. Les photos des platanes sont prises sur argentique et tirées en négatif, soulignant par ce procédé, les formes anthropomorphiques que prennent à notre insu, les troncs et les branches des platanes, qui bordent les routes de Provence, .

" PALABRES DE PLATANES - LE TROISIEME PAS " Eliette Gensac

QUELQUES EXTRAITS ...

>>> La ville sortait par sa route, faisait du stop au premier panneau venu ! ... Tronqués, désossés, à l'abri des mondes, là où les hommes s'encanaillent sur les bords du bitume, se dressent végétalement vivants, à plat corps tordus par le chancre, les platanes féminines de la Provence : "La Platane" exactement, comme on disait autrefois au pays des moulins !

... C'est en bas sur la route des villages, que les colonnes de femmes tronquées, ces gorgones en extase, fardées jusqu'à la décomposition des corps, s'espacent une par arbre, imparables. Elles ont des consignes après l'oubli qui les découpe ! L'effort d'homme, les forts en hommes, se gonflent, se masturbent en nombre, dans des coïncidences de sucre glacé :  - "Elle est partie avec un pompier... Et son appartement a été incendié ! " raconte Michel, tout en marchant autour des arbres.  - "Je l'ai appris en y récupérant mes deux gamins. Il a fallut que je me sauve, que je les sauve... ! ".

- "Ah ! Bon ! Mais quel rapport ?... Si tu es marié à un médecin, c'est pas pour ça que tu ne seras pas malade ! ", plaisanta Raga, assise sur son train. ... - "Ben ! Non .... Mais ! C'est curieux. Qui attire l'autre ? C'est le pompier qui attire le feu ? Ou le feu qui attire le pompier ? Ils sont peut-être tout simplement sur la même route, au même moment et c'est pour cela qu'ils se rencontrent ! " précise Michel rêveur.  - "T'appelle ça une rencontre ? Et les vraies rencontres ? En fêtes-tu seulement une de temps en temps ?... Tu as oublié tes rencontres ou tu préfères les garder cachées ?"... Michel n'ayant guère de souvenir à ajouter à cette provocation, au-delà de ce qu'il ose vivre journellement, resta simple, le dos posé au platane, dans un non-dit écrasant.

... - " Mais l'homme ment et songe et ment, songe. Toujours ! "... sembla lui souffler l'écorce dans son dos.  Michel sursauta, n'osant plus se coller à l'arbre et dit d'un trait : - " Tu en fais souvent des rencontres Raga ? "... - " Je n'ai pas l'impression ! dit-elle : - "Je fais des erreurs partout ! En fait, elles filent plus loin, mes rencontres ! Alors, pour être moins seule, je me tiens par la main !... J'ai l'impression d'être deux. Et quand je me touche, je ne sais même pas qui est l'autre !... Après tant d'amour ! Si fort !... disait-il... Je ne sais plus maintenant... Il est parti du jour au lendemain... Comme un enfant... ". ... - " Arrête de rabâcher ! coupa Michel : - " Ecoute le bruissement des feuillus ! C'est pas normal, il n'y a pas de vent ! " enchaîna-t-il soudain très inquiet : - "On dirait que tous les arbres se ressemblent, se rassemblent sur les bords de la grande route !...".  - " Comment ? De quoi tu parles ?... Les platanes ne bougent pas ! ? ". ... - " Je sens qu'ils se dédoublent, je te dis ! "...  - " Mais où tu veux qu'ils aillent ? T'es malade ? ". ... Et Michel plus doucement d'ajouter : - " Tu n'as pas entendu parler du troisième pas ? ". ... - " ... ??? ... !!! ... ".  Et Dame Raga, au pas de crabe, regagna ses pénates, derrière le cours des Platanes.

>>> Les formes montaient le long de la route en effet, mais surtout quand personne ne les regardait ! C'était pendant la nuit, quand les ombres ne peuvent plus les voir et qu'elles leur tournent le dos. Les yeux de leurs doubles n'ont pas de pitié. ils mangent et digèrent les passants et puis les grandissent dedans ! ... Les platanes ont prit la forme des hommes, qu'ils savourent. Ils ne se font pas d'oubli, ils les dévorent sous les dits de l'amour...

>>> C'est sur la route de Villes s/Auzon, dans le Vaucluse, à la nuit, qu'une platane a fait bouche avec son tronc et s'est mise à parler... La langue des graines ! ... - " On s'abreuve dans l'épreuve ", commença Ola: - " Le vent du dit est bu !... Le but du dit est vendu !  Les hommes sont trop bruyants, quand ils passent contre nos corps ! Nous, pour crier, on met des années ! On ne se voit pas ! On se côtoie ! Et on prend leurs formes ! On devient leurs modèles ! ... Mais tu auras aussi, ce regard de brise, quand tu repasseras le raccourci, petite ! Tu marcheras sur tes vieux pas, qui rigolent d'être encore là ! ... Mais si ! Tu ne les vois pas ? ! Les couches absentes, emplissent l'avenir, le font venir, revenir sur tes empreintes ".

- " Oh ! Non !... C'est pas pareil ! "  précisa la jeune platane, dans un élan frisant le scandale : - " Il y a des trous, des passages, des mirages, des maisons ! Même des rêves. Je les ai bien vus ! ... Mais de quel raccourci parles-tu ? ".

- " Si tu regardes sous les évidences, il n'y a rien. D'accord ? ... Mais ici, le bitume coule à nos pieds. Il nous faut grandir, s'enrouler, se pourrir ! Un vrai casse route !... Passer à travers les hommes... A travers leurs travers... Là est le passage ! Fais un pas ... Un deuxième... et ... ! Tu sauras ... Le vent disperse les hommes. Et moi, je les pétrifie...! ".

>>> Arbres à palabres, sous lesquels certains se rassemblent, pour écouter leurs voix. Tout est danger. Rien n'y fait !  Qui sait ?... !... Les enfants courent, traversent de leurs cris, l'existence installée, éphémère et pâmée. Le sérieux occulte, occupe, les indésireux qui nagent ...  Raga, le coeur dans les doigts, sautait dans sa corde, hachant les palabres. Elles lui venaient par bribes, en arceau, comme digérées par des ventres subtils : - " AH ! Ce qu'il faudrait / ... ... // ... // dire. /... C'est de ne plus attendre qu' ... / ... ... // autres ! ... / Mettons en place nos  / ... ... // ... charge complètement !... / ... Le soleil noir va / ... ... // ... en équilibre avec le Troisième ... / ... ".  Les silences se faisaient longs dans les paroles. Les doigts de la petite Raga se dépliaient, accrochant les souvenirs sous les ongles, s'appuyant, marchant sur les têtes de ses grands et autres parents, qu'elle n'avait jamais connu. Du plus loin qu'elle se souvienne, ils étaient tous déjà morts, quand elle avait ouvert les yeux la première fois. Pourtant en grandissant, elle ne s'était rendu compte de rien ! Tout était normal, puisqu'elle était toujours seule. Elle vivait ainsi et c'est tout : - " D'ailleurs, de quoi pouvaient-ils bien parler au village, tous ces gens qui faisaient des familles ?...  De conflits secrets, d'arrachage de pommes de terre, de lui, qui dépendait d'elle et du vieux encore là, qui n'en finit pas de désherber "mon" potager, tout en se servant de la brouette d'Ena, celle qui oublie toujours de rapporter ce qu'elle emprunte, qui crie tous les quatre matins après sa voisine, lui plantant des parasols devant la fenêtre, alors que le beau-père, un sans-culotte forcené, saute en cachette de la grange, tout ce qui passe à sa portée, le petit, la petite, même la vache noire lorsqu'il retourne en Normandie chez son cousin Fortuné, avide de grains de blé, qui se retrouve la gueule enfarinée dès qu'on fait mouche de vouloir s'inviter à midi, heure fatidique d'un repas non partagé et de toutes façons frugal même pour ses enfants, maigres et trouillards, rageant sous les ordres qui les poussent à travailler, le regret sous la chemise dès que s'annonce Noël ou Pâques, ces incontournables réunions de familles qui sentent l'urine, le cognac renversé et cette bonne vieille tarte aux pommes, que seuls les petits terminent en cachette, au fond du jardin ".

>>> Raga ne connaissait pas tous ces petits tracas, qui font du quotidien une réalité sacrifiée. Pour elle, la vie était ailleurs, décalée dans le ciel, plus oblique ! Au désert des ancêtres, morts sans laisser d'empreinte, nulle recherche n'est possible. Tous les mirages piquent du nez sur les villes englouties. Comme Smarra, cette ville inconnue des Maures, où les lézards qui la parcourent n'ont pas d'état d'âme. Plus de cloche, plus de muezzin. La silice a fondu par plaque, vitrifiant la mémoire, amplifiant certains rituels de bouche, que seules les dunes modulent. ... Il lui fallait résister au temps, au vent, aux herbes folles, le museau plus haut que la vallée qui stagne. ... Raga sorti droite, laissant la porte en carte glacée. De minuscules feuilles séchées roulaient avec ses pas pressés. Elle fuyait la nuit et ses abîmes. La nuit qui la tentait... Combien d'autres ont sombré dans ses volutes à corde, toutes tringles à rideau tirées sur leurs obsessions. Les siennes ne vivaient qu'en contour lumineux et peu rempli.

La route tapait ses pas... crachant ailleurs, le silence.

>>> Michel aperçut le bout de fillette qui dansait autour du tronc des platanes, au bout de la rue des Anges, psalmodiant de drôles et interminables phrases incompréhensibles pour lui, qui ne savait pas bien parler et encore plus mal écrire.... il ne disait donc mot ! Il avançait furtif et jouait de la bille dans les airs ! Raga, dans le monde de ses doigts agiles, transmettait des messages amoureux, par l'intermédiaire de certaines platanes. mais pas de toutes ! elle avait remarqué que selon la forme de la platane et surtout de celles qui avançaient une belle poitrine végétale en avant, ses missives allaient et venaient en un temps record :  - " J'y crois pas ! Ca n'a même rien d'un rêve ! Allez ! Redescends de ta sève ! Fais bruit et caserne ! Tu t'assoies en solitaire et tu repasses ta poussière !... Je suis toujours là, moi ! Même en hiver ... T'as-vu mon derrière ? J'imagine que tu triches ! Tu m'imites et tu m'habites !... Je ne renoncerai pas devant l'obscur. Je n'ai pas de C V, mais ... ça va , bien ... se... passer... T'as vu l'autre éphémère. Ce beau droit ! Cet imam d'enfer. Ce caracolant qui broute ! Non, merci ! J'y suis ... Je ne reste pas. J'y retourne ! ... J'en reviens et j'en veux encore !  Dépêche-toi, platane ! ".

>>> Michel s'assit sur le trottoir, percutant ses billes dans le trou d'une platane, bien en face de la petite. Raga dérangée par le bruit sec, s'approcha vivement, les mains en barrage sur le trou de l'arbre : - " Tu cultives ? Tu salives ? Tu veux quoi ? "....  - " Je peux te donner des soleils, si tu veux " insiste Michel. ...- " Essaye, pour voir ! ".... Michel roula les billes d'or dans ses mains et lui lança en riant. Raga les rattrapa toutes, mais sans aucun sourire : - " Ainsi, le soleil était vraiment nombreux ? ... C'est bien ce que me disaient les platanes. Et je crois que j'ai compris ! Nous ne sommes pas d'ici ... Nous étions ! Nous fument... ! Nous eûmes... ! Quelque part, il doit y avoir un non-lieu... Un Non Dieu ! En service obscur et posthume ... Regarde ! Je n'ai rien dans mon assiette ! Remontons à l'envers, tu veux ? Viens avec moi dans les platanes. Dépassons nos frontières. Calculons l'espace qu'il nous faut pour ébrécher l'hier !...".

... /// ... Suite dans le livre ...

 

4/ LES ARCHERS DE L'ARC EN CIEL (Non édité. Demander à l'auteur).

Eliette Gensac 

 

                          Ce livre est conçu comme un thriller historique, dont une partie se passe de nos jours à Paris avec des allers-retours dans le Japon féodal du XII e siècle, fin de l’époque Heian. La trame est tissée autour du Kyudo, cet art martial de tir à l’arc japonais et qui est encore pratiqué de nos jours dans le monde entier. L’histoire commence dans un café parisien contemporain. Valérie Reynes, jeune femme pratiquante de kyudo, a un malaise et revoie en flash une scène où un homme à genoux habillé en kimono, s’écroule les deux mains accrochées à la flèche rougissante qui lui traverse la gorge. Au village de Rapoto, province de Yamato au Japon, situé près de l’océan  Pacifique, l’histoire prend corps avec l’émergence des premiers samouraïs. Okaru la geisha chamane et son amant Hara qui fait parti du cercle intérieur des archers de l’Arc en Ciel, vivent une romance trempée dans le sang de la famille seigneuriale d’Hokamaro Takeuti, grand ennemi de ces archers. Une pierre cannibale, principal acteur de cette aventure à tiroirs ésotériques, mène une danse cruelle et barbare, dont les hommes ne sont que les marionnettes. Jacques, le mari de Valérie est joaillier, il retrouve par hasard et achète cette même pierre aux Puces de Clignancourt. Il va en décrypter certains signes, mais pas forcément pour son bonheur…

QUELQUES EXTRAITS :

PARIS, printemps 2011. Place du Tertre à Montmartre, 17h.

 Une table ronde et zinguée typique des cafés parisiens, sur trois pieds de fer forgé attend le client. Un chiffon humide va et vient sur sa surface souplement pressée par une main anonyme enfouie dans les plis. Des taches résistent sous le frottis et réapparaissent dans la brillance laiteuse de la tôle, se jouant du tempo tango qui se déverse alentours.- « Un demi, une citronnade, deux cafés et un allongé ! ». Lapidaire, laconique, le serveur fait son rond dans le café bruyant, servant, desservant les verres empilés sur son plateau, souriant à demi, tournant, retournant, détournant le regard figé des habitués. Qu’a-t-il à espérer ? La note est déposée sur la table attendant la monnaie. Les vivants s’écartent, les autres prennent congé, allant vers leurs broussailles où se cachent ces fameux désirs inassouvis. Et voilà qu’un ami revient et retrouve son passé. D’homme à homme, l’autre lui serre à deux mains le visage, son visage bien-aimé. Autrefois…

-« Mais d’où tu sors ? Je n’y crois pas ! Ca fait combien d’années ? ». Revus. Vite embrassés. L’absence se fige, se cache, disparaît. Il n’en fallait pas plus pour que leurs mains cotisent les souvenirs de leurs belles, rassemblent les hivers. Dehors, le décor est vif, presque calciné par le soir. A la table voisine, une fumée virevolte poussée par l’éventail brodé de rouge et de ces beaux chrysanthèmes de samouraïs, que l’on dit saupoudrés d’or dix mille fois. Une main fine soulève la tasse aux nuages bleus. Son envol précaire fait tressaillir le thé brûlant. Brusquement un hoquet, une toux incoercible repousse le bavardage enveloppant des clients du café. Des cris affolés vibrent sur la joue de Valérie Reynes, la jeune femme maintenant renversée sur sa chaise, est prise alors d’un long tremblement. Elle bascule, tombe à la renverse dans un invraisemblable ralenti. Ses bras semblent nager dans une mer monotone, tirant nerveusement sur son foulard au perroquet rouge enfin libéré de sa cage de soie. Le visage se prend dans ses cheveux noirs défaits et son oeil gauche est balayé par la chute de l’éventail qui se ferme sèchement. Ses pupilles se dilatent, passant du gris au vert sombre d’un tout autre regard…  Comme dans un film au ralenti lui aussi, défilent les images d’une flèche en bambou posée délicatement sur la joue d’un archer et qui, brusquement propulsée par un arc marqué au fil rouge sur son tranchant, va se ficher dans la gorge d’un homme presque à genoux, vêtu d’un kimono et d’un hakama noirs. L’homme se tient les yeux baissés, près d’un mur en étaphom sur lequel est accroché une cible japonaise traditionnelle dite « brouillard », inconscient du danger. Quelques secondes plus tard, il s’écroule, mort, les deux mains accrochées à la flèche rougissante.

***

 

 JAPON, début XIIe siècle, époque Heian.

Le petit village de Rapoto près de la mer, à une vingtaine de kilomètres du temple sacré de l’Ise Jingu, province de Yamato et actuelle préfecture de Mié.

 Kuomi, beau jeune homme vigoureux, s’élança du seuil de sa maison de bambou à la brousse, d’un jet d’épaule, traçant dans l’humidité flottante un appel d’air suspendu. Machette ou non, l’âme du fer sifflante près de leurs oreilles, trancha les réflexions des deux enfants assis sous l’auvent vétuste écrasé de soleil. Des fleurs rituellement nattées et soulevées par le vent se balancent au-dessus de leurs têtes, protégeant les habitants des mauvais esprits de passage. Innocemment, ils jouent, les pieds dans la terre rouge. Mais est-ce bien un morceau d’os que le plus jeune roule dans ses paumes sombres ? Un de ces os de pigeon qui a dû roucouler le cinquième jour du cinquième mois et qui doit maintenant assurer l’amour et ses entrechats entre deux futurs mariés.

-« Jette le ! Allez ! »

-« Tu l’auras pas ! ».  Mikou adore faire trembler son jeune frère lors de leurs joutes roulantes sur la terre battue.

-« Attends ! C’est Kuomi qui coupe, tu entends ? … On y va ? ». Regards accrochés l’un à l’autre, ils font monter le désir. Et soudain leurs pieds et leurs mains volent en éclats de rire, les projetant à la poursuite de leur père cannibale.

Bien sûr que non. Ils ne doivent pas le suivre. Bien sûr. La pénombre se fait lourde entre les grands bambous serrés qui font par force onduler leur marche hésitante. Des souffles courts percutent leurs poitrines, les cognant de l’intérieur avec des claquements déjà trop perceptibles. Mikou de la main arrête son frère Joran. Pince les lèvres à demi, essayant d’expirer lentement, alors que l’air se bouscule dans sa gorge. Pas tousser ! Surtout ne pas tousser. Baisser les yeux de la tête, faire le cercle des deux bras réunis devant soi. Attendre… Le claquement du bois qui chute non loin leur rappela l’interdit. Les enfants se prirent à deux mains, formant du rond de leurs lèvres le son de l’invisibilité : « ssssssssssssssssssiiiiiiisss ». Ce son secret qu’utilisent les adultes, ils l’ont volé il y a peu, au hasard de leurs escapades, quand leurs pères passent à travers le rideau de feuilles pointues et que jamais personne ne les voit. On entend seulement un : « sssssssssssiiiiiiiiissssss ». Et franchissant branches et feuillages coupants, tous deux s’avancent dans l’expir de leur souffle, bras tendus devant eux … Que de morceaux… Des bouts de bois entassés pêle-mêle, des tiges de bambous coupées qui jonchent là un sol totalement ouvert au ciel, comme déjà prêt à l’extase des senteurs volubiles. Ils sautent sans réfléchir dans cet espace offert, surpris par la lumière éclatante. Leurs ventres se mettent alors  doucement à gonfler. Malheureux organes oublieux de la pensée qui les avait maintenus dans l’invisible. Trop jeunes c’est certain pour ces arabesques de l’esprit et leur maîtrise toujours aléatoire. Changer les habitudes des muscles pour modifier l’apparence des hommes n’est qu’une technique de samourais pratiquée dans le secret des grottes profondes, où nul soleil ne peut venir en lécher les mouvements subtils. De nombreux groupes qui suivent la voie toute fraîche du Bushido, essayent ainsi d’influencer leurs propres émotions infiltrées et stockées dans leurs muscles, pour en modifier les performances. Toute émotion vibrante mais contenue sous la peau, accumule des pressions plus ou moins équivoques, les libérer ou les contenir, accroît ou diminue les performances physiques. L’entraînement des samouraïs n’ignore pas ces leçons, mais les techniques sont diffusées au compte goutte et parfois, c’est vrai, il est plus sûr de les voler. Les enfants sentent un pas mat qui les contourne, cernant leur route. A peine soufflent-t-ils sur leurs doigts que l’énorme poids des bambous coupés s’abat sur leurs dos. Kuomi se met à rire très fort. Il joue de la machette sans trembler, que ce soit dans du sang rouge ou vert, il tranche net sans état d’âme. L’art de tailler les hommes commence par l’art de tailler les arbres. Les bambous sont de véritables trésors pour la lame du coupeur.

-« Vous tombez bien dites-moi ! C’est donc à vous de ramener tout le bois dur ! ».

                                                           ***                  

Maître après maître, Takenoko sensei simplement courbé sous la flamme vacillante, met en forme dans le bois l’équilibre des contraires. Catalpa, zelkova, les lamelles longues roulent sous l’acier en un rituel immuable. Les deux jeunes frères déposent silencieusement presque en cachette, tout leur chargement sous l’auvent derrière la petite maison du senseï et se sauvent bien vite, apeurés. Takenoko relève la tête dans un demi sourire et va regarder les bois nouveaux. Méditatif, il choisit, tapote, repose, puis en emporte un. Du pied nu bloquant la tige du bambou serein, Takenoko sensei inverse sa courbe, prend le temps du glissement du bois. Mais ce bambou hiératique se fait comme vieux, résistant dans la fibre. Il étreint l’homme, crachote et reste imputrescible,  pas plus féminin que masculin, il feule l’androgynat. Takenoko insère alors sous la corde nouée à cœur, de menues cales comme autant de vertèbres le long de la colonne de l’arc. A chaque nœud s’installent un esprit, un kami et ses racines. Est-ce bien le seul moment pour cet esthète d’accéder au pouvoir grâce à ces dieux sans lesquels il ne peut rien ? Tendre l’âme dans l’arme ébauchée. Rassembler la force de l’homme tandis que la féminité s’étire de l’autre côté du nigiri, dans la finesse oblongue d’une courbe discrète de la princesse Himezori, et qui ira s’épanouissant avec le tir, reformant à chaque fois la voûte céleste  piquée de lumignons, seuls témoins de ses amours célestes. Plonger ce qui est droit, ce qui est pur, dans ce qui va bouger et qui courbera plus tard de bas en haut  la vigueur de l’archer au moment du tir. Devenir cette part précieuse qui n’est plus sienne. Devenir l’autre des autres, pour ce facteur d’arc réputé, cela semble tout simplement naturel. Il regarde, apprécie, mesure et caresse même en secret cet arc qu’il met en forme. Un arc unique, de ce bois androgyne marqué d’un discret fil rouge qu’il fait courir le long du tranchant droit, entre metsuke bushi, le nœud qui attache les yeux et yazuri bushi, le nœud invisible caché sous le nigiri, là où doit délicatement frotter la flèche avant de prendre son envol mortel. Il faudra pourtant que l’arc attende plus d’un an de séchage au plafond de l’atelier avant de subir l’assaut définitif du maître, qui le proposera peut-être alors à la vente.

 ***

Quand le soir tombe sur le village, un galop serré monte dans le vent, rabattant les cœurs inquiets qui l’ont perçu sous un souffle plus court. Quatre cavaliers roulant des sabots, passent sur la colline enneigée en contournant l’Ise Jingu. Ils traversent l’immense forêt, évitant la longue avenue dallée bordée de lanternes de pierre qui éclairent le chemin menant à la porte principale. Du galop à l’arrêt, à peine une encolure stoppe les chevaux. Un seul bond les met pied à terre et les propulse au milieu d’une troupe de daims bien vite dispersés. Gantés, sanglés, auréolés, leurs regards se font patients tant les mots peuvent se charger dangereusement si l’on n’y prend pas garde.Sous les cyprès penchés, la neige dissimule les Tengu, ces hôtes des forêts lugubres au bec et aux ailes d’oiseau, dont le corps est humain et qui se trouvent dit-on, être détenteurs de tous les savoirs. Ces malicieux et facétieux personnages effraient les braves gens, seuls quelques guerriers fous ou définitivement rebelles, vont se perdre dans leurs sous-bois hostiles pour écouter leurs secrets. Une voix suave comme sortie de l’ombre, interpella les quatre hommes :

-« Les pierres noires de colère sont tombées sur les champs de thé à Udji, brisant les jeunes plants. Tout le monde les a vus. Tout le village sait. Il n’y aura pas de récolte Les mots coulent de bouche en bouche le long de la rivière. Les signes disent que le daimyo Hokamaro Takeuti, est trop vieux pour protéger son peuple. Son déclin a sonné… Faites le travail au plus vite, nous porterons vos traits ». Le silence revint, seulement partagé par le vent. Les hommes ébouriffés et pâles se rapprochent, se concertent sous la nouvelle lune qui se lève. La nuit se fait trop lente à leur gré, éparpillant leur force au sable environnant. Un froid glace leurs mains dégantées et la bise se coule plus forte dans leurs cous. Pas d’état d’âme pourtant. Ils palabrent, circonscrits dans la paix. Ces volontaires de l’ombre sont les archers du groupe ésotérique intérieur et secret, connus sous le nom du Cercle de l’Arc en Ciel.

***

Une neige fine tapote les bambous, repoussant la contemplation des archers vers le sanctuaire. Il leur faut marcher, reprendre pied sur terre et tenir les chevaux au plus près, bride tendue. Les cavaliers vont s’installer côté ombre et loin du village, se sachant peu appréciés des vivants. Ils sortent une à une les flèches de bambous empennées de plumes d’aigle blanc, tout en se dirigeant vers un haut tumulus situé plus au-delà de la forêt et qui semble faire le dos rond à la voûte étoilée. Rien, plus rien ne sera comme avant. Non. C’est ainsi. Reprenant leurs montures avant que l’aurore n’éclaire leur fougue, les cavaliers toujours silencieux commencent la circumbulation autour de ce grand tumulus. Plein galop dans le sens du soleil, pour faire le tour du ciel, ils tournent et hurlent des kiaïs guerriers sans discontinuer, embrochant les nuées dans leur harangue inépuisable. Le linceul des ombres se fend sous leurs ventres bandés, en pleine effervescence. Par le haut, par le bas, ils roulent des sabots, portant la brisure de leurs voix à l’extrême. Brusquement ils stoppent leur course folle, chevaux hennissants, brillants de sueur équivoque, sous la lune qui les tente de sa fente impudique. Pied à terre, l’arc en main, ils se mettent à décocher leurs flèches contre le ciel. C’est à qui atteindra la lune d’une seule volée. Toujours plus hautes, elles prennent vie dans leurs vols insensés, jusqu’à en faire tomber l’éternité à leurs pieds. Tonnerre et dragons se mettent alors en marche. Un cri de douleur ! On entend bouillonner le sang de l’un d’entre eux. Une flèche divine colle à l’épaule de Honzo, muscles ouverts, tranchés net par le jet en retour du ciel profiteur. Près de lui, son cheval achevé par une autre flèche, bat des postérieurs, les flancs broutant le sable des ancêtres, hoquetant sans espoir d’aspirer plus longtemps l’air enivrant de ses femelles si proches. Et la foudre sublime tombe aux pieds de Hara Soreba, l’homme à la mèche blonde, brisant là le cercle infernal. Des pierres blanches s’abattent à la suite, ensemençant la terre de leurs piqûres cosmiques. Les hommes se précipitent pour cueillir au vol ces cailloux immaculés, présages surnaturels qu’il leur faudra apporter en offrande, mais bien plus tard, à la grande saison des saisons d’hiver, quand les ventres se vident pour jouer aux osselets et que le froid vous mange jusqu’à la moelle. Ils se rendront alors, à l’Iso no Mya, le sanctuaire de la plage, là où dit-on, Amaterasu la déesse solaire, est descendue sur terre posant par petits pas ses pieds de nacre, de la vague mousseuse au rivage endormi sous l’or de sa lumière. Dans le miroir nocturne de la lune, ils iront dresser bien haut sur le sable bruissant, ces pierres cosmiques qui enferment dit-on, certaines âmes humaines et patienteront jusqu’au mitan du jour pour surveiller la direction des vibrantes fumeroles qui s’en échapperont. Mais pour l’heure, bourrant leurs sacoches de cuir sous les éclairs triomphants, les archers éviscèrent le cheval mort, le détrousse de sa peau et vont porter sa carcasse fumante en haut du tumulus sur un entrelacs de branchages qui l’épaule vers le ciel. Offrande aux Kamis, la bête si chère à leurs yeux, doit être traitée comme une dépouille humaine prête à rejoindre ses ancêtres. Du tranchant de leurs couteaux, ils prélèvent de ses postérieurs les deux osselets précieux, souvenirs garants de son intégrité future lorsqu’il faudra le redresser dans l’au-delà. Sa peau est ensuite roulée sur la selle de Suyematsu.  Honzo blessé, pose une dernière fois la main en caresse sur le pelage rouge, murmurant :

- « Tu vas rejoindre les prés lumineux ! Batifoles, Tache de Lune, profites des tendres pousses et des fleurs de sucre qui porteront tes sabots. Je te retrouverai bientôt et nous reprendrons nos courses folles dans les vallons dorés que tu aimais tant ». La nuque raidie, il baisse les yeux, immobile, attendant un autre verdict, le sien, qu’il pressent implacable. Le vent s’est calmé, pour une pause amicale. Le silence s’installe enfin autour du petit groupe qui se met à goûter l’essence de ses doutes. Les hommes du clan ont appris à se connaître en se délivrant de leurs secrets, avec ou sans regard équivoque sur leur passé. Les habits défaits, la silhouette de l’archer se penche sur lui-même, fait son travail interne, pesant les circonstances, ravalant sa salive. Incroyable, le regard nocturne d’un Kami fou, s’avance sur son épaule bouffie :

-« Allez ! Va mourir ! …Veux-tu m’obliger à te nuire ? ».

-« Mais que oui ! Si tu penses que je ne vais pas y arriver ! N’hésite pas ! », renchérit Honzo, grinçant des dents et qui a bien compris maintenant qu’il n’a pas d’autre issue que de s’offrir généreusement à la communauté. Suprême honneur de guerrier, qui va le placer ainsi au-delà des normes terrestres, dans le monde supérieur des dieux. Nul ne le tuera, son sang ne coulera pas pour un autre et son âme ne connaîtra pas l’esclavage éternel. Seulement voilà, les mots et les devoirs s’embrouillent dans sa tête. De la beauté attirante du gouffre à la suffisance éloignée d’un sommet, l’espace qui les relie se fait pressant. Ils se mettent alors à courir tous ensemble sous la lune qui clignote, se soutenant les uns les autres. Le frère de Honzo, Suyematsu, traîne le dernier, il se sent mal. Nokea devant, encourage Honzo et lui souffle aux oreilles :

-« Tu verras c’est pas si dur d’attraper froid. Il faut casser l’herbe d’un pas vif et faire trembler le frisson… La cascade n’est pas loin. Ecoute ses éclats de rire… Ca bouge dans les branches, ne t’arrête pas… Vomis mon loup, t’as la chance et c’est pas toujours ! ». Il fait froid. L’homme est au combat à mains nues, ivre, sans histoire. Il vomit dans les herbes, puis s’enroule avec le linge de toile blanche que lui passe Nokea. Il tend la main devant lui, dans le vide, comme un dernier appel au secours…  Parce qu’il y avait la tendresse de sa femme… Elle lui tenait la main souvent dans la jouissance finale. Lui, non, rien. Il pensait ailleurs… Il vivait de ses autres pensées… Il retournait son désir d’une autre sur elle. Il cachait son envie dans son ventre et lui faisait l’amour à côté. Pas visible, ou si peu. Les yeux clos sur elle, entièrement tourné vers l’autre, même quelques autres à vrai dire… D’une main éprise, il la caressait…

-« Il est inutile de dire où tu vas... Le lieu est caché en contrebas… Sautes ! », crie Hara. Le piège s’évanouit…

La détente de Honzo est brève. Le talon fait loi. Et l’attache se rompt sous le hurlement de son  kïai. Il roule à flanc de roche, trempé par l’ivresse ultime. Des sons virevoltent, s’entrechoquent, vivotent.  L’abîme les boit. Et l’homme se fait cadavre… Replié sous les décombres, le sac blanc est bien là, figé dans son éternité. Aucune tache ne vient encore en faire rougir le fil. Il n’y a plus d’ombre à prendre ou à accrocher sous l’arbre. Et son âme ? Où est-elle ? Prise au piège ou offerte ?  Les trois hommes sont descendus presque à la même vitesse que le corps et placent un feston de paille pour relier le bois vert à la roche. L’amas de pierre qui l’a reçu, deviendra lieu de culte pour ces hommes farouches, un iwakura.  La pierre est intacte, nulle souillure rouge ne l’a déflorée L’âme a pénétré directement en elle et attend qu’on l’y fixe. Grandeur, exploits de cet homme se gravent dans le roc, un à un. Les archers, dans l’accord naturel et ancestral qui les a conviés ici, en délimitent l’espace sacré à l’aide d’une corde de cérémonie aux couleurs vives et primaires. Et chacun du sang de son bras gauche va en oindre cette roche maintenant habitée. Telle une masse arrondie et tassée par les eaux, le rocher s’échauffe, passe au rouge, luisant et fumant sa victoire. On sent tout autour battre l’espace, qui paraît se courber longuement et s’apaiser sous un arc-en-ciel triomphal venant traverser les ombrages avec les premiers rayons du soleil levant. Puis ils tirent quelques flèches pour tuer des oiseaux en vol, de quoi oindre encore et encore… Mais la chaleur semble infernale et leur monte à la tête. Trempés de sueur, ils s’emparent enfin du sac de toile blanche et délivrent le corps de Honzo pour le porter sur un pourrissoir de chairs. A flanc de précipice, là où remonte l’appel du kami, ils vont le déposer sur des branchages installés au-dessus d’un creux de roche. Puis chacun à son tour entaille la dépouille, récupère le sang qui s’égoutte, avec un morceau de son enveloppe et prélève les osselets délicats de l’astragale des pieds, petits os qui lui avaient permis de se tenir debout et dont ils auront besoin pour le redressement secret et final de son corps, tout comme pour son cheval Tache de Lune. Prière courte, ils sont allongés sur le sol les uns contre les autres, face contre terre. Le visage emmitouflé dans les éboulis. Hara prononce quelques mots à voix basse et se met à souffler dans la poussière du sol. Sa mèche claire collée à la tempe dévoile son extrême fatigue : 

-« Venez maintenant, remontons le chemin. Nous allons faire griller un peu de sa chair avec les oiseaux chantants ». Le feu de brindilles, la viande qui chuchote sous la fumée enivrante, rapprochent les archers dans la béatitude des estomacs bien remplis et des âmes scellées par la chair partagée. Seul Suyematsu n’arrive pas à manger et glisse sur un côté. Hara le rattrape, le retient d’une main ferme et de l’autre lui tend une petite bouteille de saké. Il le force à boire et lui donne la viande sans le quitter des yeux. Suyematsu en pleurant se met à mastiquer un morceau, les yeux perdus dans ceux de Hara qui ne le lâche pas.

Puis tombent les têtes et les corps, un à un. Ils s’écroulent tous enfin sur le sol, dans un sommeil sans faille.

 

.../...

 

 

 

 

 

 

 

 

   

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